Partager un bureau au bout du monde : est-ce aussi bien qu’on le dit ?

29 Septembre 2015

4 min de lecture

Les bureaux partagés peuvent permettre de réduire considérablement les coûts de location et offrir la flexibilité aux employés. Ce nouveau mode de travail est-il là pour durer ? Un employé nomade donne son point de vue.

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« Tu es où ? »

Il fallait que je pose la question. Entre les coqs, les chiens, le bruit métallique de la pluie qui tombe sur une toiture en cuivre et la connexion Skype entrecoupée, j’avais imaginé un lieu plutôt lointain. Et j’avais vu juste : c’est depuis Bali que Molly McCluskey nous aidait, deux autres rédacteurs et moi, à réaliser une étude détaillée sur l’effondrement des marchés à terme et des marchandises pour la société de commerce MF Global.

C’était en automne 2011. Aujourd’hui, des millions de travailleurs équipés d’un simple ordinateur portable et d’une connexion Wi-Fi travaillent pour des multinationales depuis des cybercafés et des espaces de co-working, où aucun bureau n’est assigné. Les « bureaux partagés », comme on les appelle, sont un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur dans le monde du travail.

Quelle différence entre bureaux partagés et co-working ?

Les concepteurs de bureaux aiment les bureaux partagés parce qu’il coûte moins cher de mettre à la disposition des travailleurs des ressources qu’ils peuvent utiliser comme et quand ils en ont besoin, plutôt que d’attribuer des espaces personnels. Moins de tables de travail et davantage d’espaces ouverts signifient des coûts réduits et une plus grande flexibilité. Cerise sur le gâteau : les employés choisissent l’espace qui leur convient le mieux pour accomplir une tâche donnée, ce qui peut favoriser une meilleure productivité.

Reprenez ce même concept, appliquez-le à un espace partagé où se mélangent de nombreux professionnels travaillant pour des sociétés de tous horizons, et vous avez trouvé un environnement de co-working. Ces espaces existent sur la plupart des continents et dans des centaines de villes. Deskmag estime que 2,3 millions d’indépendants utiliseront régulièrement les espaces de co-working d’ici 2018. WeWork, qui loue des bureaux dans 50 espaces répartis dans 16 villes et quatre pays, a récolté plus de 1 milliard $ en capital-risque au moment où j’écris ces lignes. Pourvoir aux besoins des travailleurs nomades est devenu un business rentable.

Bienvenue, où que vous soyez.

En juin dernier s’est tenue la première conférence « Coworking Africa » sur le continent africain, dans la ville du Cap. Uber et l’incubateur de start-ups TechStars, tous deux « sponsors argent » du programme, ont réuni travailleurs indépendants, chefs de PME et autres parties prenantes dans l’espoir de donner plus de place aux travailleurs opportunistes. Sur le long terme, l’organisation considère le co-working et les bureaux partagés comme cruciaux pour la croissance des économies locales africaines.

« Les espaces de co-working offrent des connexions Internet locales et de véritables infrastructures de travail, à un prix inférieur aux bureaux traditionnels, notamment dans les villes d’Afrique où le coût de l’immobilier constitue une barrière pour la vaste majorité de la population », a déclaré le groupe dans son argumentaire marketing.

Ailleurs, les bureaux partagés sont devenus une manière pour les entreprises de faire des économies sur l’un de leurs principaux postes de dépense, à l’heure où les prix de l’immobilier grimpent en flèche en Europe comme dans le reste du monde. Au Royaume-Uni, les fonctionnaires de Whitehall doivent désormais faire la queue chaque jour au travail pour obtenir un bureau, afin de réaliser des économies. Les opposants à ce mode de fonctionnement affirment qu’il a transformé des départements administratifs autrefois parfaitement ordonnés en véritables zones de chaos.

Quelles que soient les conséquences, ce phénomène s’inscrit dans une logique. Un récent rapport de la société immobilière CBRE indique que les valeurs locatives des propriétés commerciales britanniques connaissent actuellement une hausse plus importante qu’au cours des huit années passées. En réponse à cela, WeWork et les autres sociétés de gestion d’espaces de co-working se développent, partant du principe que les chefs de PME préféreraient sans doute ne pas assumer les coûts d’un espace de travail fixe.

L’heure est venue de se défaire de ses chaînes

Les bureaux partagés peuvent permettre de réduire considérablement les coûts de location, d’offrir des horaires de travail flexibles aux employés et même d’apporter des connexions Internet dans des zones isolées. Mais quel avenir se profile pour ce nouveau mode de travail ? Cela dépendra principalement de la volonté ou de la réticence des sociétés à laisser leurs employés choisir leur lieu de travail et leurs horaires. Pour Molly McCluskey, qui a travaillé une partie des quatre dernières années depuis des pays lointains, la réponse coule de source.

« Il n’y a aucune raison pour que quiconque doive travailler dans un bureau donné. Je suis désolée de le dire, mais l’équipe de softball de ton entreprise n’est pas si importante pour la camaraderie », affirme McCluskey, qui me parle cette fois sur Skype depuis une chambre à Cardiff.

Ce dont nous avons besoin, poursuit-elle, c’est des bons outils. De bons logiciels d’entreprise. Une bonne connexion Wi-Fi. Un bon ordinateur portable qui ne craint pas les voyages – comme ceux de la gamme HP Elite – et d’un endroit propre (et dans l’idéal, calme) où l’utiliser. Un bureau, partagé ou non, n’est pas essentiel.

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